Un boursier étudie la relation entre surdoses et logement | Un chez‑soi d’abord
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27 novembre 2020

Un boursier étudie la relation entre surdoses et logement

La Colombie-Britannique est aux prises avec une épidémie de surdoses d’opioïdes. Plus de 4 000 personnes sont décédées d’une surdose entre 2017 et 2019. La plupart des gens pensent que les surdoses ont lieu dans la rue. Selon les données des coroners, 90 % des surdoses se produisent plutôt au domicile de l’usager.

Comment les politiques et les programmes de prévention peuvent-ils davantage contribuer à endiguer ce phénomène?

C’est cette question qui oriente les travaux de recherche de Geoff Bardwell. M. Bardwell est chercheur postdoctoral au BC Centre of Substance Use (BCCSU). En 2019, il figurait parmi les 8 lauréats des premières bourses postdoctorales de recherche sur le logement offertes dans le cadre de la Stratégie nationale sur le logement, en partenariat avec l’Initiative de recherche sur les villes en santé  des Instituts de recherche en santé du Canada.

« Vancouver offre des programmes de services d’approche avant-gardistes, comme des services de consommation supervisée avec des mesures de soutien intégrées, ainsi que des sites de prévention des surdoses dirigés par des pairs », explique M. Bardwell.

« Mais, pour de nombreuses raisons, les usagers n’utilisent pas toujours ces services pour consommer leur drogue. Ils consomment plutôt dans leur appartement ou dans des logements avec services de soutien, des refuges ou des hôtels servant de lieu d’hébergement d’urgence. Sachant cela, nous devons nous concentrer sur l’élaboration et la mise en œuvre de programmes d’accompagnement efficaces, là où vivent les gens. »

Dans le cadre de sa recherche, M. Bardwell explorera l’influence des facteurs physiques, sociaux et structurels sur le risque de surdose. Il examinera les interventions existantes en milieu résidentiel pour déterminer les aspects qui fonctionnent bien et songer à des façons de les améliorer ou de les appliquer à grande échelle. Pour ce faire, il recueillera des données qualitatives et ethnographiques en réalisant des entrevues avec des personnes qui consomment de la drogue, des fournisseurs de logements et des organismes communautaires qui mettent en œuvre des programmes d’aide.

« J’étudierai les espaces physiques qui sont destinés à la consommation de drogue dans les logements et leur incidence sur la façon dont les gens consomment de la drogue, poursuit M. Bardwell. Par exemple, ces espaces physiques sont-ils trop fermés, trop ouverts? Comment pouvons-nous trouver un équilibre entre le droit à la vie privée des usagers et la nécessité d’assurer une surveillance pour veiller à leur sécurité? Y a-t-il du personnel sur place pour assurer la mise en œuvre du programme? Le personnel est-il en faveur de ce programme? Quelle est l’incidence de la stigmatisation et des politiques discriminatoires à l’égard des personnes qui consomment de la drogue? »

Si la pandémie de COVID-19 a ralenti les travaux de M. Bardwell, elle a aussi souligné l’importance de sa recherche et l’urgence de trouver des solutions.

En Colombie-Britannique, le nombre de surdoses a fortement augmenté pendant la pandémie, et le nombre de décès en juillet seulement a atteint un niveau record. Ce mois-là, chaque jour, plus de 5 personnes en moyenne sont décédées. Dans la plupart des cas, elles étaient seules à leur domicile.

« En cette période de pandémie et de distanciation physique, le sentiment d’isolement et d’impuissance est plus présent que jamais, et il touche toute la population à des degrés différents, constate M. Baldwell. Pour les personnes qui consomment des drogues, la pandémie a empiré la situation de plusieurs façons. D’une part, les usagers ont vu diminuer les services sur lesquels ils comptaient. D’autre part, ils sont désormais plus susceptibles de consommer seuls, ce qui amène un risque supplémentaire. »

M. Bardwell a adapté ses questions de recherche pour tenir compte des mesures d’urgence mises en place pendant la pandémie, notamment un programme permettant aux personnes consommant de la drogue d’avoir accès à des médicaments sur ordonnance sûrs en milieu résidentiel. Avec la pandémie sont apparues des restrictions accrues à la frontière canado-américaine, et cette situation avait soulevé la crainte que les drogues illégales vendues au Canada soient de plus en plus toxiques.

La carrière universitaire de M. Bardwell a été façonnée par ses premières expériences professionnelles. Il a entre autres participé à un programme d’échange d’aiguilles et de seringues à London, en Ontario – sa ville natale. Plus tard, il a travaillé comme travailleur social spécialisé en stabilité du logement dans le cadre d’un programme local fondé sur l’approche Logement d’abord. Ces emplois ont permis à M. Bardwell d’avoir une meilleure idée du quotidien des personnes qui consomment de la drogue et de la façon dont certaines politiques et certains programmes les affectent. Ces expériences ont fait naître en lui une passion pour la justice sociale, la même qui motive aujourd’hui ses recherches.

La bourse de recherche sur le logement lui donne l’occasion de poursuivre sa carrière de chercheur et d’opérer de réels changements.

« Jusqu’à présent, j’ai été très chanceux, se réjouit M. Bardwell. J’ai pu voir les changements concrets que mes travaux de recherche ont entraînés. J’espère continuer sur cette lancée. J’aimerais par exemple voir un programme obtenir plus de financement ou un service mis en œuvre à grande échelle, contribuer à changer les mentalités ou obtenir davantage de soutien de la part des décideurs qui ont le pouvoir de mettre en œuvre des changements systémiques plus vastes. »

En 2019, Geoff Bardwell a reçu une bourse de recherche sur le logement à l’appui de la Stratégie nationale sur le logement pour examiner les interventions en cas de surdose en milieu résidentiel à Vancouver. Il était l’un des 8 chercheurs à recevoir une bourse de 90 000 $. Le Programme de bourses de recherche sur le logement est offert en partenariat avec les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG).

 Voyez les mesures que nous prenons en réponse à la COVID-19.